La visualisation de connaissances

Tout comme la visualisation d’informations, la visualisation de connaissances a pour fonction de représenter graphiquement des données abstraites.

Les origines

La visualisation de connaissances est une communauté plus récente que celle de la visualisation d’informations. On retrouve ses origines dans la gestion des connaissances.

En gestion des connaissances, les connaissances constituent la ressource élémentaire. Donc, selon l’acception que l’on fait de la connaissance, les stratégies mises en œuvre diffèrent [Burkhard, 2005] :

  • Si la connaissance est perçue comme un objet, la gestion des connaissances a pour objectif de mettre en œuvre des solutions de stockage.
  • Lorsque la connaissance est perçue comme un processus, les stratégies se concentrent sur l’optimisation des processus manipulant les connaissances (comme l’identification, la création et le partage de connaissances).
  • Avec la connaissance perçue comme une capacité, les stratégies se concentrent sur la mise en valeur de l’avantage stratégique des connaissances (gestion des compétences et construction d’un capital de connaissances).
  • Si la connaissance est considérée comme une condition d’accès à l’information, la gestion des connaissances consiste à mettre en place les méthodes pour identifier, retrouver et accéder à l’information.
  • Enfin, si la connaissance est perçue comme un état du savoir et de la compréhension, la gestion des connaissances supporte les individus pour étendre leurs connaissances.

Indépendamment des différentes acceptions sur le sens de la connaissance, la gestion des connaissances est assimilable à un processus dynamique qui a trois objectifs majeurs :

  • Optimiser les processus d’entreprise pour les orienter dans une perspective de gestion de la connaissance.
  • Mettre en œuvre des systèmes pour stocker, identifier, retrouver et accéder aux informations et pour supporter la collaboration des individus.
  • Développer une culture de la connaissance pour motiver les personnes à prévoir, créer et partager leurs connaissances.

Tout comme dans le cadre de la visualisation d’informations, la mise en œuvre d’une stratégie de gestion des connaissances impose donc aux individus de manipuler un grand nombre d’informations. Des supports externes sont encore une fois nécessaires pour aider les individus à acquérir, accéder, stocker, restructurer, communiquer et utiliser des connaissances.

Cette problématique constitue l’origine de la visualisation de connaissances.

Les définitions

Du point de vue de Donald F. Dansereau, le concept de « visualisation de connaissances », pris dans son sens le plus strict, est limité aux aspects d’externalisation de la connaissance d’un individu pour lui-même en utilisant un tracé libre [Dansereau, 2005].

Dans la littérature, l’expression de « visualisation de connaissances » est utilisée pour désigner tout procédé permettant de présenter une structure de connaissances (comme d’un expert à des étudiants) ou encore, comme moyen pour évaluer soi-même des connaissances et aider à la compréhension et à la navigation [Keller & Tergan, 2005].

Pour illustrer cette vision de la visualisation de connaissances, prenons l’exemple des cartes conceptuelles [Novak, 2001]. Une carte conceptuelle est une représentation graphique dans laquelle les concepts sont liés entre eux par des liens pour former un réseau. La carte ci-dessous est une carte conceptuelle associée au concept d’exploration humaine :

Carte conceptuelle de l’exploration humaine [Novak, 2001].

Les cartes conceptuelles sont généralement utilisées pour organiser des idées, concevoir et communiquer une structure complexe et résoudre des problèmes.

Jusqu’à maintenant, la visualisation de connaissances porte principalement sur des structures de connaissances conceptuelles (un ensemble de concepts). Cependant, son champ d’application évolue de plus en plus vers d’autres types de connaissances.

Pour Remo Aslak Burkhard, la visualisation de connaissances correspond à « l’utilisation de représentations visuelles pour améliorer le transfert de connaissances entre au moins deux personnes ou groupes de personnes » [Burkhard, 2004; Burkhard, 2005]. D’après cet auteur, les croquis sont une forme courante de visualisation de connaissances car ils servent à représenter rapidement un concept, une idée.

Le croquis ci-dessous, dessiné par Léonard de Vinci, est donc une visualisation de connaissances :

Croquis de Léonard de Vinci : représentation de l’idée principale du concept de machine volante. 

Toujours d’après Remo Aslak Burkhard, l’activité de visualisation de connaissances a tout à gagner à s’inspirer des architectes car ils sont « des experts qui communiquent avec des spécialistes de domaines différents » [Burkhard, 2004]. Pour y parvenir, ils utilisent des représentations complémentaires (des croquis, des diagrammes, des images, des objets et des visualisations interactives) pour amplifier leur cognition et pour communiquer avec les différents corps de métiers qui interviennent sur un chantier de construction.

Différence avec la visualisation d’informations

La littérature qui compare la visualisation d’informations et la visualisation de connaissances est de plus en plus abondante [Keller & Tergan, 2005]. Certains définissent ces deux domaines comme complémentaires et d’autres les définissent comme opposés.

Pour [Jaeschke et al., 2005], la visualisation d’informations porte sur des données abstraites portant sur des objets et les relations entre ces objets, alors que la visualisation de connaissances porte sur des données abstraites qui représentent des connaissances. Pour Remo Aslak Burkard, la visualisation d’informations et la visualisation de connaissances diffèrent de buts, d’avantages, de contenu, etc. [Burkhard, 2005]. Par exemple, dans sa définition la plus communément admise, la visualisation d’informations se limite à la création de cartes interactives informatisées alors que la visualisation de connaissances ne semble se limiter à aucun média (écran, papier, etc.).

Ces deux visions de la visualisation semblent donc diverger sur l’objet de la visualisation (données abstraites représentant des connaissances ou non). Cependant, leur principale différence est celle des origines : la visualisation d’informations est issue des interfaces homme-machine alors que la visualisation de connaissances est le fruit de la gestion des connaissances. Cette différence d’origine implique malheureusement une différence de communauté, une différence de formation et de parcours pour ceux qui composent ces communautés. Par conséquent, il est difficile de trouver un consensus sur leurs définitions et sur leurs différences.

Selon notre point de vue :

La visualisation d’informations est l’utilisation de représentations visuelles de données abstraites pour amplifier la cognition.

Et,

La visualisation de connaissances est l’utilisation de représentations visuelles de connaissances à des fins de création et de partage.

Les connaissances étant représentées sous forme de données abstraites, la visualisation de connaissances exploite les techniques de la visualisation d’informations. Ainsi, la visualisation de connaissances peut être perçue comme une activité englobant la visualisation d’informations à des fins de gestion de connaissances. Quoi qu’il en soit, ces deux communautés partagent les mêmes paradigmes.

En s’appuyant sur cette analyse, la section suivante présente notre analyse du processus de cartographie de données abstraites en fédérant les deux approches.