Un processus en niveaux

L’histoire de la cartographie nous apprend que quelle que soit la nature des données à cartographier, il s’agit toujours de visualiser un espace informationnel. Mais le passage d’un ensemble d’information à une carte n’est pas immédiat. L’homme ne peut pas percevoir directement les informations de l’espace informationnel. Il passe nécessairement par des niveaux intermédiaires [Wattenberg & Fisher, 2003].

Avant d’expliquer cette notion de niveaux, prenons un exemple simple :

le nombre « 7 ».

Ce nombre est inscrit sur le papier que vous lisez et par conséquent vous pouvez le percevoir. Peut-être pensez-vous que le simple fait qu’il soit inscrit sur cette page, suffit à votre cerveau pour accéder directement au nombre 7 ?

Pourtant pour y parvenir, vos yeux perçoivent un graphe ou dessin sur le support externe, la page. Puis un mécanisme, lié à la vision, va identifier une forme constituée de deux segments. Ensuite, le cerveau reconnaîtra cette forme comme étant le symbole associé au chiffre sept et vous prenez enfin conscience du nombre sept.

Si on parcourt le même chemin mais en sens inverse, pour visualiser le nombre sept il est tout d’abord nécessaire de le représenter par deux segments constituant une structure visuelle. Ensuite, cette structure visuelle doit être visualisée sur le papier par une impression pour le rendre perceptible à l’œil.

D’un point de vue plus général, la construction d’une carte à partir d’un espace informationnel n’est pas immédiate. En effet, il est tout d’abord nécessaire de représenter les entités de l’espace informationnel sous forme graphique avant de les visualiser. Une fois la carte construite, l’utilisateur peut interagir avec elle pour l’adapter à ses besoins.

Dans la cartographie de données abstraites, nous distinguons donc trois niveaux :

  1. Niveau espace informationnel « brut » : il s’agit de l’espace initial que l’on souhaite cartographier.
  2. Niveau espace informationnel « représenté » : ce niveau est obtenu en associant des structures visuelles aux éléments de l’espace brut. Si l’on reprend l’exemple du nombre sept, sa représentation peut être le symbole « 7 » ou bien les symboles « VII » en numérotation romaine ou bien encore, une barre rectangulaire avec une taille de sept dans un graphique. Pour un espace informationnel donné, il est possible d’en construire une infinité de représentations. Le passage d’un espace à une représentation est l’action de « représenter ». Pour des raisons de simplicité, on qualifie aussi ce niveau de représentation.
  3. Niveau espace informationnel « visualisé » : ce niveau correspond à la carte. Il est obtenu par une opération de visualisation de l’espace informationnel représenté. Le passage d’une représentation à une visualisation est l’action de « visualiser ». Par exemple, le fait d’écrire un texte ou d’imprimer un graphique correspond bien à l’action de visualiser une représentation. Tout comme les niveaux précédents, il est possible de construire plusieurs visualisations pour une même représentation. Pour des raisons de simplicité, on qualifie aussi ce niveau de visualisation.

Remarque : le niveau de l’espace informationnel visualisé est le seul niveau « perceptible ». Par conséquent, il n’est pas possible pour l’homme de manipuler un espace informationnel sans représentation et sans visualisation de cet espace.

Avec l’essor de l’informatique, les cartes sont devenues dynamiques et il est à présent possible d’interagir avec elles. Cette évolution fait de l’utilisateur de la carte un « percepteur‑acteur » qui navigue dans un espace informationnel. Les interactions sont assimilables à des opérations qui portent sur les différents niveaux de la cartographie.

Par exemple, lorsque l’utilisateur « déplace la carte », le résultat de cette interaction consiste à changer uniquement la visualisation (plus précisément à changer le contrôle de point de vue). En revanche, si l’utilisateur renomme un élément de la carte, cette interaction modifie un élément de l’espace informationnel et entraîne la mise à jour de sa représentation et de sa visualisation.

Voici un schéma qui décrit ce processus de cartographie de données abstraites en niveaux :

Les niveaux de la cartographie de données abstraites : de l’information à sa visualisation.

Selon cette approche en niveaux, la cartographie d’un espace informationnel est assimilable à l’application d’une succession d’opérations permettant de passer d’un niveau à l’autre. Le nombre de ces opérations n’étant pas limité à priori tout comme le nombre de leur combinaison, le nombre de cartes qu’il est possible de créer est alors quasiment infini.

Dans ce contexte-là, la problématique est double : comment mesurer l’effet de chaque opération et leur combinaison sur la carte finale ? Comment déterminer les opérations à appliquer pour obtenir le résultat souhaité ?

Cette étude a pour objectif de résoudre cette problématique et par conséquent, pour y parvenir nous devons présenter au préalable les principaux paradigmes qui permettent de construire les différents niveaux nécessaires à la production d’une carte.